La FAO et ses partenaires mobilisent leurs ressources pour contenir la propagation de la chenille légionnaire d’automne

11 juillet 2017  - L’Afrique centrale subit une attaque de chenilles légionnaires d’automne qui détruit ses cultures. Cet insecte, originaire des Amériques, s’attaque au maïs, au sorgho, au millet et au riz qui constituent des aliments de base de la sous-région. Compte tenu de l’importance du maïs pour l’alimentation humaine et son utilisation grandissante comme aliment de bétail, l’impact de ce ravageur sur les moyens de subsistance des populations affectées risque d’être énorme.

Face à l’urgence provoquée par la chenille légionnaire la FAO et ses partenaires organisent une rencontre à Kinshasa en République démocratique du Congo, du 11 au 13 juillet 2017, pour échanger sur les connaissances du ravageur et l’ampleur des dégâts causés sur les cultures. Les experts de huit pays d’Afrique définiront ensemble les mesures de contingence à prendre afin d’établir une gestion intégrée contre cette maladie.

Les premiers spécimens de la larve ont été détectés au début de 2016 en Afrique de l’Ouest, malheureusement ce ravageur s’est propagé à grande vitesse à travers l’Afrique sub-saharienne pour couvrir 23 pays, en avril 2017. De ce fait, il est devenu un ravageur envahissant à caractère transfrontalier.

Cet insecte possède plusieurs caractéristiques qui le rendent particulièrement difficile à contrôler : il peut se déplacer jusqu’à 100 km par jour, les femelles adultes pondent plus de 1000 œufs durant leur vie et leurs larves peuvent se nourrir d’une grande variété de plantes.

Ainsi, par la diversité de son régime alimentaire, ce ravageur attaque plusieurs cultures d’importance économique telles que le riz, le sorgho, le mil, la canne à sucre et le blé. Par ailleurs, des dégâts ont également été observés sur le niébé, l’arachide, la pomme de terre, le soja et le coton.

Grande perte alimentaire et économique

Le maïs constitue l’aliment de base de 200 millions de personnes en Afrique sub-saharienne. La production totale de maïs de ces pays équivaut à 1,4 milliards USD en 2014. Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le ravageur pourrait occasionner une perte estimée à 143 millions USD pour la sous-région.

A São Tomé et Principe, le premier pays de l’Afrique Centrale ayant signalé ce ravageur, le Ministère de l’Agriculture a rapporté une diminution de production du maïs de 90 % dans une plantation de l’Etat. Se basant sur une estimation approximative d’environ 500 hectares affectés par territoire, la RDC pourrait voir plus de 25 000 hectares de maïs dévastés, représentant plus de 20 millions USD de pertes pour les populations locales.

Cette situation est une menace sérieuse pour l’agriculture et, par conséquent, pour la sécurité alimentaire en Afrique. En effet, ces cultures sont essentielles aux petits agriculteurs de la région qui en tirent la majorité de leurs revenus. Au-delà des statistiques financières, les pertes forment un risque important en termes d’insécurité alimentaire et nutritionnelle car elles représentent également 250 millions de repas.

En outre, ces attaques occasionnent une grave pénurie de maïs et une flambée des prix. Le manque de revenus issus de ces pertes plongera les familles affectées dans un cercle vicieux d’extrême pauvreté.

Si des mesures conséquentes et concrètes pour gérer ce ravageur en Afrique centrale ne sont pas prises d’urgence, il pourrait survenir une situation d'insécurité alimentaire beaucoup plus grave que celle précédemment causée par les autres ravageurs comme la cochenille farineuse et l’acarien vert du manioc.

Concertation sous-régionale

Au cours des réunions précédentes organisées par la FAO et ses partenaires à Nairobi du 25 au 28 avril 2017, les participants se sont mis d’accord pour augmenter la surveillance, la coopération et le partage d’information pour combattre la chenille. 

Compte tenu de la forte menace économique, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et la FAO établiront des plans d’urgence pour lutter contre cette invasion.

M. Helder Muteia, Coordonnateur du Bureau Sous-régional de la FAO pour l’Afrique centrale, a tenu à rappeler l’importance de l’implication des différents acteurs. « Les résultats de la présente rencontre doivent s’inscrire dans la dynamique en cours au niveau continental, tout en s’appuyant sur la CEEAC et la CEMAC comme structures devant assurer les rôles de mobilisateurs de leurs Etats membres et de garants des dispositions institutionnelles et réglementaires pour une gestion durable de ce ravageur et d’autres maladies transfrontaliers ».

Le caractère envahissant et transfrontalier de ce ravageur impose aux différents pays de travailler ensemble et d’une manière concertée depuis le niveau national jusqu’à l’échelle continentale en passant par le niveau sous-régional.